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Entente

Percheron, Auguste

lundi 20 février 2023, par claude

Texte d’Auguste Percheron (≤1889).
L’horizon d’un noir éternel
Enfin subit une détente,
L’aurore de l’idée enfante
Des jours nouveaux et notre tente
Vase dresser sous ce beau ciel :
Oui, dressons-la sous ce beau ciel.
 
Au pays de la libre entente.
Rudes chemins, mais large route !
De tous sentiments dégagés
Au fossé nous laissons le doute,
Nous y jetons les préjugés.
Libres d’esprit, libres de marche,
Sans pontife et sans patriarche
Nous allons où luit le soleil,
Sûrs qu’où son rayon illumine
Chaque individu s’achemine
Vers le bonheur, vers le réveil.
 
Compagnon, regarde ces foules,
Tous ces êtres en liberté
Vivent, et le sol que tu foules
Est la terre de l’Équité.
Va, pour le bonheur que tu rêves,
Tu peux le prendre ici sans trêves,
Sans crainte des durs lendemains,
Car l’inconsciente nature
Prodigue à toute créature
Ses trésors. Prends à pleine mains.
 
Tiens, là-bas, l’essaim qui fourmille
De beautés : femme, fille, enfant,
Homme. Cela, c’est la famille !
Aucune loi ne leur défend
L’amour qu’aucun voile ne cache ;
Aucun lien ne les attache
Qu’un choix des diverses beautés.
Et vois ces viriles femelles,
De leurs orgueilleuses mamelles,
Abreuver les humanités.
Regarde les Arts, les Sciences
Unir leur génie au travail,
 
Changer en douces attrayances
Ce qui fut un épouvantail ;
L’individu sans jalousie,
Au seul gré de la fantaisie,
Du désir, de l’affinité,
Produire, user, mettre et reprendre,
Prouvant qu’ainsi l’on doit comprendre
L’œuvre de solidarité.
 
Entre ici, sous ces vastes ailes,
Vois ces nefs aux lambris puissants,
Seuls, les dévouements et les zèles
Les ont créés, toujours naissants.
Sous cet espace avide, immense,
C’est là que se fait, recommence
La féconde Société ;
C’est la que, grande en ses largesses,
Elle laisse de ses richesses
User en pleine liberté.
 
Va, monte, monte, monte encore
Ces monuments audacieux,
Et vois le tableau qui décore
Le site où vit un peuple heureux.
Point de maîtres, point de frontières,
Là, l’humanité toute entière,
Jouit de tout sans craindre rien.
Et que veux-tu donc qu’elle craigne,
Puisque la seule loi qui règne
C’est d’être libre et juste ? Eh bien ?
 
L’horizon d’un noir éternel
Enfin subit une détente,
L’aurore de l’Idée enfante
Des jours nouveaux et notre tente
Va se dresser sous ce beau ciel,
Nous la dressons sous ce beau ciel :
Au pays de la libre entente.

Paru dans L’Attaque : organe hebdomadaire anarchiste (1888-1890), nº 54 (21-28 décembre 1889).