L’horizon d’un noir éternelEnfin subit une détente,L’aurore de l’idée enfanteDes jours nouveaux et notre tenteVase dresser sous ce beau ciel :Oui, dressons-la sous ce beau ciel.Au pays de la libre entente.Rudes chemins, mais large route !De tous sentiments dégagésAu fossé nous laissons le doute,Nous y jetons les préjugés.Libres d’esprit, libres de marche,Sans pontife et sans patriarcheNous allons où luit le soleil,Sûrs qu’où son rayon illumineChaque individu s’achemineVers le bonheur, vers le réveil.Compagnon, regarde ces foules,Tous ces êtres en libertéVivent, et le sol que tu foulesEst la terre de l’Équité.Va, pour le bonheur que tu rêves,Tu peux le prendre ici sans trêves,Sans crainte des durs lendemains,Car l’inconsciente natureProdigue à toute créatureSes trésors. Prends à pleine mains.Tiens, là-bas, l’essaim qui fourmilleDe beautés : femme, fille, enfant,Homme. Cela, c’est la famille !Aucune loi ne leur défendL’amour qu’aucun voile ne cache ;Aucun lien ne les attacheQu’un choix des diverses beautés.Et vois ces viriles femelles,De leurs orgueilleuses mamelles,Abreuver les humanités.Regarde les Arts, les SciencesUnir leur génie au travail,Changer en douces attrayancesCe qui fut un épouvantail ;L’individu sans jalousie,Au seul gré de la fantaisie,Du désir, de l’affinité,Produire, user, mettre et reprendre,Prouvant qu’ainsi l’on doit comprendreL’œuvre de solidarité.Entre ici, sous ces vastes ailes,Vois ces nefs aux lambris puissants,Seuls, les dévouements et les zèlesLes ont créés, toujours naissants.Sous cet espace avide, immense,C’est là que se fait, recommenceLa féconde Société ;C’est la que, grande en ses largesses,Elle laisse de ses richessesUser en pleine liberté.Va, monte, monte, monte encoreCes monuments audacieux,Et vois le tableau qui décoreLe site où vit un peuple heureux.Point de maîtres, point de frontières,Là, l’humanité toute entière,Jouit de tout sans craindre rien.Et que veux-tu donc qu’elle craigne,Puisque la seule loi qui règneC’est d’être libre et juste ? Eh bien ?L’horizon d’un noir éternelEnfin subit une détente,L’aurore de l’Idée enfanteDes jours nouveaux et notre tenteVa se dresser sous ce beau ciel,Nous la dressons sous ce beau ciel :Au pays de la libre entente.
Entente
Percheron, Auguste
lundi 20 février 2023, par
Texte d’Auguste Percheron (≤1889).
Paru dans L’Attaque : organe hebdomadaire anarchiste (1888-1890), nº 54 (21-28 décembre 1889).