Ils souffrent comme nous, ces vaincus pacifiques,De leur sujétion aux reitres magnifiquesDont l’hypocrisie a son prix.Mais nous, les révoltés, nous les gueux, réfractaires,Nous abreuvons ceux-là, ces lâches volontaires,De haine et de notre mépris !Voyez-les, ces forçats, tremblotants dans la barqueDe l’existence inique où les a mis la Parque,Selon leurs esprits aberrés.Ainsi que des ballots d’infâme marchandise,Ils sont, saisis de peur, suant la couardise,Dans un coin, gisant atterrés !Ils son considéré leur honte capitale,Comme une Loi majeure et pleinement fatale,Comme un argument absolu.Et leurs fronts sans orgueil et leurs dos insensiblesSe sont donnés sans forme aux verges extensiblesDu conquistador résolu !Ils ont gémi, pleuré le long de tous les âges,Comme des enfants fous d’être restés trop sages ;Mais leurs larmes furent de sang.Comme des bestiaux, leurs amants dans les geôlesFurent enfouis ; or, ils nièrent leurs rôlesD’un méphistophélique accent !Et, de siècle en siècle, et de folie en folie,Ils ont, les Résignés, geint leur mélancolieDans le sein de leurs tyranneaux,Non émus comme un jour le fut mère cigogneDevant le loup, mais plus, allongeant sans vergogneLeurs très propres chaînes d’anneaux…La résignation, ce chronique atavisme,Qui gonfle les butors d’un grotesque civismeAnnihile l’individu.Car, haïssable, elle est la force d’inertieQui paralyse et sème en nos rangs l’éclaircieFrein au vol au fruit défendu !Et ces humains, pétris de leur chair inhumaine,N’auront point su la foi du doux catéchumèneEn la parle d’avenir !Ils resteront ainsi jusqu’à leur dernière heureSans qu’un baiser d’amour à leur bouche s’effleurePour s’adjurer et nous bénir !Mais ne nargueront pas, sans fiel et sans faconde,Le sillon douloureux de leur course inféconde,Ceux qu’ils eussent découragés ;Au contraire, au zénith de révoltes plus belles,Ils courront élever leurs âmes de rebellesPour éblouir les plus âgés.En poudre, ils réduiront les murailles du templeOù des rustres sans nom, glabres, gros, le geste ample,Par la renonciation,Atrophiaient le cœur des natures d’éliteEt taisaient, par l’espoir d’un ciel hétéroclite,La grande Annonciation !
Les
Résignés
Veidaux, André
jeudi 26 janvier 2023, par
Texte d’André Veidaux (≤1891).