Aux Amis Lejal, Antony et Dufort
1Dans ses salons, un ministre,Pour les victim’s d’un sinistre,Avait organiséUn grand bal déguisé.On y voyait tous les membresD’l’Institut et des deux chambres.Sénateurs, députés,Étaient invités.Sur un airDe concert,Tous ces illustresMazurkaientEt polkaientSous les grands lustres,Gros richardsOu dêchards,Nobles ou rustres,Harassés,En tassés,Tournaient, enlacés.Sur le trottoir, en face, dans la rue,Le bon peuple des badaudsRegardait les grands rideauxEt s’écriait, à chaque ombre apparue :« De tous ces jolis danseursJ’sons les électeurs.Regardez-les donc sauter.C’est nos députés ! »2Tous les partis politiques,Les modernes, les antiques,Obscurs ou réputés,Étaient représentés.Les r’présentants des deux centresY balladaient leurs gros ventresLe parti ouverrierAvait envoyé.Hobereaux,Radicaux,Entre chaqu’danse,DétalaientEt filaientS’remplir la panse.L’air joyeux,Chacun d’eux,Faisant bombance,S’étouffaitEt bouffaitDevant le buffet.Sur le trottoir, en face, dans la rue,Le bon peuple des badaudsRegardait les grands rideauxEt s’écriait, à chaque ombre apparue :« De tous ces jolis mangeursJ’sons les électeurs.Regardez-les boulotter ;C’est nos députés ! »3Lorsque sonnèrent deux heures,Pour regagner leurs demeures,Sénateurs, députésFir’nt app’ler leurs coupés.Engoncés dans des fourrures,Pénétrant dans leurs voitures,S’assir’nt commodémentEt filèr’nt viv’ment.R’présentantsImportantsDu mond’ moderneDont la mainSu’ l’chemin,Seul’, nous gouverne,Là-bas, fuit,Dans la nuitl’feu d’leur lanterne,ÉméchésD’vins bouchés,I’s rentr’nt se coucher.Sur le trottoir, en face, dans la rue,Le bon peuple des badaudsRegard’ filer leurs landausEn s’écriant, à chaque ombre apparue :« C’est tout d’mêm’ rud’ment flatteurD’êtr’ leurs électeurs.I’s vont tous se pagnotter ;C’est nos députés ! »